Dis moi qui vient te polliniser…

Les fleurs ont l’impérative nécessité d’attirer à elle des pollinisateurs, c’est indéniable. Il faut bien que quelqu’un s’occupe d’apporter les grains de pollen qui vont fertiliser les ovules qui n’attendent que cette occasion pour reprendre leur développement et donner des petites graines. Et chez la plupart des plantes, les vecteurs du pollen sont les insectes…

Certains le sont plus ou moins efficacement: les coléoptères par exemple, sont en général assez peu portés par ce commerce et préfèrent le brouter directement. Cela en fait d’assez piètres pollinisateurs, mais certaines plantes s’en contentent parfaitement.

D’autres sont certainement plus efficaces mais ont une fâcheuse tendance à se promener. C’est le cas des papillons en général, mêmes s’ils ne sont pas des transporteurs hors-normes… Bien évidemment, les plus merveilleux pollinisateurs sont finalement les hyménoptères butineurs comme les abeilles et les bourdons, qui se font un plaisir de faire des visites systématiques et sans oublier personne. Au point qu’ils n’amassent pas mousse, mais bel et bien un petit butin… Mais ce prix à payer est finalement fort peu pour le service rendu… (Qu’on note bien au passage que les hyménoptères non-butineurs sont décidément des trouble-fêtes).

En fait, les plantes ont tout intérêt à attirer des pollinisateurs efficaces, mais surtout efficace pour les polliniser elles-mêmes. Elles n’ont en effet aucun intérêt à céder du pollen pour qu’il se retrouve dépose sur les stigmates d’une autre espèce: il faut que ce pollen se retrouve chez d’autres plantes de la même espèce. Au passage, il n’est pas dans leur intérêt non plus, en général, que ce pollen atterrisse sur une autre de leur fleur, car en général, se reproduire avec soi-même peut avoir des effets néfastes (c’est ce qu’on fait de pire en terme de consanguinité, d’ailleurs certains groupes ont évolué des stratégies pour éviter cela).

Une petite moutarde

Il convient donc de cibler un pollinisateur qui soit bien attirer par soi, qui soit efficace à retirer ce qu’il faut de pollen et qu’il aille le déposer où il faut. Ca à l’air facile à dire, mais ca implique tout de même beaucoup… Enfin, il ne faut pas oublier que les plantes sont tout de même sélectionnées pour y parvenir, vu que celles qui n’y arrivent pas ne parviennent tout simplement pas à se reproduire… C’est donc assez simple et très puissant…

FigureCependant, nous n’avons qu’une idée encore assez approximative de l’efficacité relative à polliniser des différents insectes qui visitent une plante. Une étude récente sur le radis (hé, la photo ci dessus concerne une moutarde sauvage, pas la même espèce donc, mais une espèce de la même famille quand même, on se rattrape avec ce qu’on a sous la main… Le syndrome de pollinisation est le même cependant car les structures florales sont quasiment identiques) nous permet d’avoir une vision plus claire de ce qu’il en est [1]. Le principe expérimental a été fort simple mais donne des résultats intéressants :

les plantes expérimentales ont été placées au centre d’une population artificielle, et retirées dés la première visite d’un pollinisateur (identifié jusqu’au genre). La plante a ensuite été cultivée en serre et le nombre de graines produites comme résultant de cette visite unique a été compté…

 Voici le résultat : tout d’abord le nombre de visites par catégorie d’insectes, ensuite l’efficacité à féconder la fleur sur une visite (nombre moyen de graines produites par visite unique), et finalement importance relative du pollinisateur vis-à-vis de la plante : il en ressort bien qu’en dépit de nombreux visiteurs différents, l’un deux prend très nettement une grande importance lorsque le tout est pondéré (nombre de visites x efficacité de la pollinisation)… C’est probablement cette espèce d’abeille qui façonne donc la morphologie florale du radis sauvage ! La fréquence des visites a donc encore son mot à dire, même en tenant compte de l’efficacité de pollinisation…


[1] - Sahli H.F., and J.K. Conner. 2007. Visitation, effectiveness, and efficiency of 15 genera of visitors to wild radish, Raphanus raphanismum (Brassicaceae). American Journal of Botany 94 (2): 203-209.

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