Darwin avait raison…

Orchid inflorescence

Darwin avait raison (bon, je sais, on le savait déjà! Mais il en est qui voulaient une traduction…).

Tout comme la plupart des plantes à fleur, les orchidées produisent des milliers de grains de pollen. Mais au lieu de les larguer aléatoirement aux pollinisateurs de visite, elles en font un seul paquet cadeau (Bon… heu, en fait elles font deux paquets mais elles donnent le tout en une seule fois).

Des pollinies. C’est le nom de ce particularisme orchidéen (ou serait-ce orchidesque?). En fait, on peut rajouter les asclépiades à la liste des plantes produisant des pollinies, mais aucune autre famille que ces deux dernières ne produisent ces trucs merveilleux.


Les pollinies sont des structures spécialisées qui sont spécialement adaptées pour la dispersion du pollen. Elles ne servent aucunement à remercier les pollinisateurs pour leurs bons services : les pollinisateurs ne peuvent les manger, puisqu’elles sont collées sur leur tête (ou bien encore sur votre trompe si des fois vous êtes un papillon et non une abeille). L’objectif ultime des pollinies est de délivrer le colis-pollen sur le stigmate d’une autre fleur, de sorte que ce fameux pollen serve bien à féconder des ovules et ne finisse pas vulgairement bouffé par des pollinisateurs affamés…

Il y a un truc rigolo avec les pollinies. Elles se tiennent à l’extrémité d’un stylet (non, c’est pas ca qui est marrant, attendez!). Quand l’autre extrémité se retrouve collée sur la tête d’un insecte, ce stylet commence à se recourber progressivement. Il se tord de plus en plus jusqu’à atteindre une position spéciale quelques minutes plus tard. En fait, cela place très exactement les dites pollinies dans la position qui leur fera chatouiller le stigmate de la prochaine fleur visitée et d’y laisser des grains de pollen.

Si vous êtes un naturaliste pour le moins curieux, tout comme Darwin le fut en son temps, vous devriez vous poser la question de savoir pourquoi les pollinies font l’effort de se recourber. Ben ouais, elles pourraient tout aussi bien se retrouver collées à la bonne place dés le début, cela leur permettrait d’être opérationnelles illico pour polliniser de suite la prochaine fleur! Au lieu de cela, les orchidées prennent le risque que les pollinies ne se recourbent pas, et donc ne fécondent aucune fleur…

L’hypothèse de Darwin sur le sujet était que cet exercice de courbure durait aussi longtemps qu’était nécessaire une visite de l’insecte visiteur (différentes espèces pollinisatrices signifie que les visites diffèrent également au niveau du temps moyen passé sur une plante…). En d’autres termes, Darwin supposait que ce laps de temps pour la courbure des pollinies empêchait les évènements d’autofécondation de se produire, puisque le pollen ne peut pas être déposé sur d’autres fleurs de la même plante même si l’insecte visite plusieurs fleurs sur la même inflorescence.

FigureL’hypothèse n’avait cependant pas été testée proprement jusqu’à  récemment [1], et devinez quoi?

Darwin avait raison: le temps de courbure (bending même en francais et malgré la loi) est toujours plus long que la durée de visite moyenne des pollinisateurs aux plantes (la ligne de régression sur la figure est décalée au dessus de la ligne 1:1 et privilégie donc le temps de recourbure).

Cela reste donc vrai quelle que soit l’espèce d’orchidée (voire des deux espèces d’Asclépiades prises comme témoins), et quelques soient les paires naturelles plantes-pollinisateurs: les insectes faisant de courtes visites sont les pollinisateurs des orchidées avec un temps de courbure qui est court, et réciproquement les espèces de plantes qui présentent une longue période de torsion sont celles qui sont naturellement visitées par des pollinisateurs qui s’attardent sur les fleurs qu’ils visitent… Amusant, n’est-il pas? (Bouh, l’anglicisme évadé du clavier du traducteur!!!).

Ce qui me mène à ces remarques en guise de conclusion. Les créationistes sont reconnus pour leur mauvaise foi (ah, pun intended!) et notamment pour leur remarquable difficulté à reconnaitre les erreurs qu’ils commettent, même quand on leur démontre qu’ils ont complètement tort. Mieux que cela encore, je n’ai jamais lu le moindre texte d’un créationiste qui reconnaissait que ses opposants ont parfois raison. Ainsi que Darwin l’a été à propos de son hypothèse judicieuse concernant le temps de courbure des pollinies.

Pourtant, il n’est pas nécessaire que croire que sa théorie de l’évolution est vraie pour reconnaitre qu’il avait raison, ici, puisque l’argument ne repose que sur l’évitement de l’auto-fécondation, peu importe l’origine des espèces en question…

Bien évidemment, cela ne fait pas l’ombre d’un doute qu’on puisse être ici si finement réglé sur la visite de ses pollinisateurs naturels s’il n’y avait pas contre-sélection toute simple… La question provient tout d’abord qu’il est véritablement enfantin d’évoluer ce réglage si fin par un processus de micro-évolution. Ensuite, le procédé de sélection est mécaniquement simplissime également: il y a contre-sélection des individus qui tendent à s’autoféconder plus parce qu’ils courbent leurs pollinies trop rapidement (quand en revanche il y a aussi contre-sélection de ceux qui ne se recourbent jamais puisque ces derniers ne se reproduisent pas…).

De toute facon, comme nous le savons tous, Darwin avait raison. Si intensément raison que c’est là bien plus qu’une simple question de courbure…


[1] - Peter C.I., and S.D. Johnson. 2006. Doing the twist: a test of Darwin’s cross-pollination hypothesis for pollination reconfiguration. Biology Letters 2 (1): 65-68.

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