Invasion, biodiversité… Pour ou contre?

Certaines histoires font parfois soudainement la une. Je suis récemment tombé sur la dernière invasion biologique à la mode, celle de Vespa velutina. Ce frelon d’origine panasiatique, qui vole de l’Inde jusqu’en Chine, semble avoir établi un pied ferme dans le Sud de la France et envahit le pays à grande vitesse (ou bien est ce que les gens y prêtant subitement plus attention et ayant à porter de main l’information permettant l’identification, la cartographie se fait plus efficace?).


Cette espèce n’a pas fait l’objet de nombreuses étude et on ne trouve que très peu d’information dans la littérature scientifique à son sujet, si ce n’est qu’une espèce précédemment répertoriée sous le doux nom de Vespa auraria a été rangée en synonymie avec cette dernière [1], cela signifie qu’on avait probablement deux noms pour une même espèce. Notons au passage qu’il en existe au moins deux sous-espèces, ainsi que l’illustre ce site (parcourir le web vous apprendra qu’il en est d’autres, malheureusement sans illustration accessible sur le net).

Cette espèce de frelon est un prédateur des abeilles, ce qui inquiète certainement avec raison, étant donné la prise de conscience de ce que l’on appelle la “crise de la pollinisation” (les espèces pollinisatrices sont de moins en moins nombreuses dans les espaces naturels et le service de pollinisation se réduit, ce qui entraîne une diminution de la fructification qui est parfois sensible, notamment dans les zones agricoles).

On sait en tout cas que parmi les deux abeilles domestiques eurasiatiques élevées pour la production de miel, l’une d’elle (Apis cerana) tend à se défendre avec plus d’efficacité contre l’attaque des rûches [2] (la majorité des attaques se résument cependant à de la simple prédation au vol mais il y a parfois des raids dans les rûches plutôt que de simples embuscades), mais l’efficacité de la colonie à butiner des ressources diminue en cas d’attaque.  Aucune différence dans le butinage n’est observé chez les colonies d’Apis mellifera, notre abeille domestique classique. Mais cela va peut être évoluer dans les années à venir si la fréquence des interactions perdure du fait de cette invasion récente…

En bref, on peut rajouter une étude qui compare la composition du venin de Vespa velutina avec celle d’autres guêpes [3], et la description d’un épisode allergique suite à une attaque d’un essaim [4] (rassurez vous, ce genre d’accident ne sera probablement pas plus fréquent ou plus dangereux avec ce frelon qu’il ne l’est avec notre espèce indigène V.  crabro, de plus l’incident en question résulte d’un très grand nombre de piqures, au moins 200).

En dehors de cela, quasiment pas d’autre information facile à dénicher. Cependant, la presse et internet semblent relayer l’alerte à l’invasion sur un ton visiblement inquiet. Bien évidemment, nos braves petites abeilles vont encourir un risque d’un genre nouveau, ce qui ajoute à la liste déjà longue des dangers pour ces petites bêtes. Malgré cela, nous sommes bien en mal de prédire véritablement un désastre. Si cela se trouve,  l’introduction remonte déjà quelques années.

L’invasion fulgurante n’a pas à ce point entraîné de signal d’alerte chez nos apiculteurs, sauf depuis la publication de la note d’observation de cet intrus… [5].  Quand aux affirmations que notre frelon indigène va être remplacé par l’intrus,  j’ai bien du mal à y croire: les niches écologiques de ces deux espèces ne sont pas si proches ne serait-ce que parce que les proies diffèrent, ainsi que les habitudes de nidification…

Alors, personnellement, je trouve que cette affaire résulte plus dans l’augmentation de la biodiversité sur le territoire français, et c’est donc plutôt une bonne chose. Bienvenu à Vespa velutina!


Vespa velutina


[1]- Nguyen, L.T.P., Saito, F., Kojima, J.-I., and J.M. Carpenter. 2006. Vespidae of Viet Nam (Insecta: Hymenoptera) 2. Taxonomic notes on Vespinae. Zoological Science, 23 (1), pp. 95-104.

[2]- Ken, T., Hepburn, H.R., Radloff, S.E., Yusheng, Y., Yiqiu, L., Danyin, Z., and P. Neumann. 2005. Heat-balling wasps by honeybees. Naturwissenschaften, 92 (10), pp. 492-495.

[3]- Shi, W.-J., Zhang, S.-F., Zhang, C.-X., and J.-A. Cheng. 2003. Cloning and comparative analysis of the venom prepromelittin  genes from four wasp species. Acta Genetica Sinica 30 (6), pp. 555-559.

[4]- Chao, S.-C., and Y.-Y. Lee. 1999. Acute rhabdomyolysis and intravascular hemolysis following extensive wasp stings. International Journal of Dermatology 38 (2), pp. 135-137.

[5]- Jean Haxaire, Jean-Pierre Bouguet et Jean-Philippe Tamisier. 2006. Vespa velutina Lepeletier, 1836, une redoutable nouveauté pour la faune de France (Hym., Vespidae), Bulletin de la Société Entomologique de France, 111 (2): 194.

5 Responses

  1. Merci pour cette information plus objective et moins sensationaliste que celle délivrée dans nos médias.
    Mais de la à dire “[...] que cette affaire résulte plus dans l’augmentation de la biodiversité sur le territoire français, et c’est donc plutôt une bonne chose. Bienvenu à Vespa velutina!”
    Je suis pas très d’accord.

    Que dire des lapins en autralie par exemple ? Certes ils ont l’air de faire moins de dégats que les dits rongeurs ces gentils insectes, mais, sur le principe, j’ai des réserves.

  2. Merci aussi pour cette remise en place des commentaires souvent alarmistes des journalistes.

  3. Il me paraît difficile d’être alarmiste quand cette espèce semble véritablement moins aggressive que notre frelon indigène. De plus, si c’est un prédateur d’autres hyménoptères, une conséquence possible est un effet positif sur les populations de papillons, souvent prédatées par des guêpes de toutes sortes…

  4. Il ne s’agit pas d’être alarmiste, mais d’être vigilant. J’ai fait mon travail en signalant cet insecte et en publiant dans des revue entomologiques (à voir aussi, le prochain Science et Vie avec article d’une très bonne journaliste (Marie Lescroart)). Que les médias tentent de faire paniquer les gens, c’est un peu habituel, non? Il nous appartient à nous de rétablir la vérité, quand les médias nous laissent la parole. Je trouve qu’ils le font assez volontier en ce moment, et c’est plutot bien. Pour répondre à Seedsaside, le velutina mange hélas aussi…des papillons. Désolé.

  5. Bienvenu à Mr Haxaire, il s’agit d’un commentaire fort bienvenu.

    Il reste que la plupart des gens vont quand même réagir négativement au symbole derrière le “frelon”, même s’il est difficile d’avoir des certitudes sur les conséquences réelles de cette invasion… J’entends parler d’invasion en France de telle ou telle espèce depuis que je m’intéresse aux insectes, mais je n’ai jamais vu le commun s’en inquiéter à ce point.

    Finalement, en ce qui concerne le régime de V. velutina, l’espèce peut malgré tout avoir un effet positif global sur les populations de papillons: il suffit pour cela qu’elle en consomme moins que ce qu’elle permet de sauver en prédatant leurs prédateurs…

    Vous comprenez que ce point ne peut être concluant qu’avec des données supplémentaires, pas uniquement sur la base de nos impressions respectives. Le point positif serait que les médias encouragent les gens à prêter attention à ce qui les entoure, pas à s’affoler à propos d’une “vilaine guêpe invasive”…

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