Popillia japonica, le “scarabée japonais” est une espèce invasive ici, et on peut la rencontrer en nombres incroyables… Certaines plantes y sont particulièrement sensibles, et je ne me soucie guère du rosier des jardiniers mais je pense en particulier à certaines vignes indigènes (pas le Poison Ivy malheureusement ! Une plante toxique du coin), qui en sont littéralement désossées, déplumées, défeuillées, à l’exception de quelques pétioles…

Malgré tout, cette espèce présente un certain intérêt parce qu’elle montre un comportement reproducteur facilement observable: les mâles restent sur le dos de la femelle, tentant d’empêcher d’autres mâles de venir copuler avec cette partenaire. Ce comportement est connu sous le nom de “mate guarding”. Il n’est pas difficile de comprendre en quoi il est bénéfique pour les mâles : cela augmente en effet leur succès reproducteur parce que cela diminue la compétition spermatique.
Personne n’a besoin d’une compréhension profonde de la théorie de l’évolution pour lui donner du sens : les mâles qui ont monté la garde après copulation ont été plus compétitifs que ceux qui ne l’ont pas fait, laissant ainsi plus de descendants de sorte que ce comportement est aujourd’hui une norme de l’espèce.
Bien évidemment, cela implique que monter la garde résulte en un gain reproductif plus important que le celui de ne pas monter la garde. On pourrait penser que le temps passé à cette garde est également du temps perdu pour rechercher d’autres partenaires. Mais le nombre de copulations compte-t-il réellement quand ses gamètes vont être en compétition avec ceux des autres de toute façon ? En fait on ne sait pas vraiment ce qu’il en est, mais on soupçonne que la compétition entre mâles (et gamètes) doit être importante chez cette espèce. Tout simplement parce que les copulations se produisent également sur les sites où les scarabées se nourrissent, là où l’on s’attend à trouver plein de gars et de donzelles sur le même lieu…
Des chercheurs ont découvert certains aspects plutôt amusants de ce comportement copulateur chez le “scarabée japonais” :
- tout d’abord il semblerait que ces bestioles ne sont pas fortiches pour ce qui est de faire la différence entre mâles et femelles, aboutissant parfois à une certaine confusion, en particulier le matin (je soupçonne que c’est parce qu’ils ne boivent pas assez de café !) [1];
- une possibilité est avant tout de trouver un signal informatif. Cette espèce a un léger dimorphisme de taille, avec les femelles qui sont légèrement plus grandes que les mâles. Les mâles tendent à choisir les femelles les plus grosses comme partenaires [2] (et en effet cela explique également le pattern rencontré dans l’étude [1] où les appariements homosexuels sont réalisés avec des petits mâles tentant de monter sur de plus grands) ;
Ce qui est amusant, c’est que ce genre de signal est également un bon prédicteur de la fécondité potentielle des femelles (bien qu’apparemment ce ne soit pas le seul), puisque les plus grandes femelles pondent en général plus et de plus gros œufs. La capacité de déterminer le sexe sur la base d’une évaluation de la taille aura donc probablement été sélectionné. La durée de la garde est également plus longue quand les mâles s’accouplent à de grandes femelles [3], suggérant que la rencontre d’une telle femelle est fortement récompensée.
- le comportement de garde est aussi plus long lorsque la densité locale des scarabées est élevée [3], sans relation avec le rapport des sexes : même lorsque les mâles sont entourés d’un grand nombre de femelles, ils restent simplement plus de temps à monter la garde. Ce qui montre d’un côté que le comportement sexuel de ce coléoptère n’est pas vraiment optimal. Mais cela donne tout son sens à sa difficulté intrinsèque à distinguer le sexe des individus.

- monter la garde n’est pas sans peines, ainsi que l’illustre cette photo, puisque cela ne marche pas tout le temps. Mais je suppose de venir déranger un couple déjà formé est aussi un bon moyen de distinguer les véritables femelles. Les disputes sont donc prévisibles, ce qui renforce la nécessité de monter la garde après un accouplement réussi. Mais de surcroît, la garde a un coût : quand on garde, on ne se nourrit pas. De plus, on attrape tout un tas de complications au niveau de sa thermorégulation (les mâles de garde ont une cage thoracique plus chaude que ceux qui ne montent pas la garde [4]). De sorte qu’il arrive probablement un moment où cette garde n’est plus utile du tout, et qu’il vaut mieux aller casser la croûte… Certains ne l’aiment pas chaud!
[1]- Switzer, P. V., Forsythe, P. S., Escajeda, K. and K. C. Kruse. 2004.Effects of environmental and social conditions on homosexual pairing in the Japanese beetle (Popillia japonica Newman). Journal of Insect Behavior, 17(1): 1-16.[2]- Saeki, Y., Kruse, K. C., and P. V. Switzer. 2005. Male preference for large females and female reproductive condition in the Japanese beetle Popillia japonica Newman (Coleoptera: Scarabaeidae). Journal of the Kansas Entomolgical Society, 78(1): 13-19.
[3]- Saeki, Y., Kruse, K. C., and P. V. Switzer. 2005. The social environment affects mate guarding in Japanese beetles, Popillia japonica. Journal of Insect Science, 5 Art. #18.
[4]- Saeki, Y., Kruse, K. C., and P. V. Switzer. 2005. Physiological costs of mate guarding in the Japanese beetle (Popillia japonica newman). Ethology, 111(9): 863-877.







